RACE D’EP – RÉFLEXIONS SUR LA QUESTION GAY

« Et quand je suis passé ils m’ont crié « Race d’ep ! » Il m’a fallu quelques temps pour comprendre. Les invertis ne parlent pas verlan. Rasdep pour pédéraste. Mais un instant, j’avais senti derrière moi l’ombre d’une autre race. Ce cri, je l’avais moins senti comme une insulte, mais comme l’évidence résumée de mon appartenance à un autre monde, une autre histoire. »
Guy Hocquenghem, Race d’ep ! : Un siècle d’images de l’homosexualité (1979)
_ synopsis
Par un jeu de collage hardi entre deux œuvres de la littérature gay, Race d’Ep actualise et interroge l’ici et maintenant de la « question gay ». De la traversée de La mort difficile de René Crevel, fiction tragique datant de 1926, dont le récit retrace l’ultime soirée d’un jeune homme qui, porté par l’espoir de vivre une histoire d’amour heureuse, envoie tout valser au péril de son existence, à la performance de la littérature politique et auto-fictionnelle de LXiR et Génie Divin de Guillaume Dustan, écrivain et personnage radical et insolent des années 90, le spectacle propose une hybridation entre les époques et les fictions de soi, conviant le∙la spectateur∙rice à une plongée sensible et performative dans la « question gay ».
_ générique
un spectacle de
Simon-Elie Galibert
d’après La mort difficile de René Crevel (1929)
Génie Divin (2000) et LXiR (2001) de Guillaume Dustan
avec
Aymen Bouchou, Thomas Gonzalez, Angie Mercier, Roman Kané et Claire Toubin
dramaturgie
Rachel De Dardel
scénographie & costumes
Marjolaine Mansot
régie générale & création vidéo
Typhaine Steiner
création lumière
Louisa Mercier
création son & musique
Félix Philippe
dramaturgie additionnelle
Tristan Schinz + Juliette de Beauchamp
stagiaire scénographie
Mati Bontoux
production & administration
Claire Delagrange
construction décor
Ateliers de la Comédie de Caen – CDN de Normandie
Sous la direction d’Alexis Claire
patronage 3D gonflable
Anton Grandcoin
réalisation gonflable
Antoinette Magny + Marjolaine Mansot
durée 2h



_ intentions
Race d’ep – Réflexions sur la question gay propose une expérience théâtrale articulée à un dispositif narratif et esthétique inédit au sein duquel se déploient et s’entre-mêlent deux matériaux littéraires a priori opposés en période et en genre : une fiction du début du XX° siècle (La mort difficile, de René Crevel) et des textes sociologico-littéraires du début du XXI° siècle (Génie Divin et LXiR de Guillaume Dustan). Race d’ep est une proposition ludique et pseudo-didactique qui s’amuse à user des codes de différentes théâtralités. Prenant pour objet d’étude la « question gay », notre dispositif technico-esthétique se joue de lui pour inventer un terrain de jeu ouvert à l’inattendu et à l’inconnu.
Arguant de l’irréductibilité de son « sujet » notre spectacle se pose alternativement avec humour, ironie, amour, gravité ou légèreté en contrepoint d’un spectacle dit « à thème » ou « à thèse ». Car, au fond, nous pensons que le théâtre doit être une expérience sensible et esthétique pour le spectateur, un voyage intime à travers pensées et émotions, (aussi contradictoires soient-elles). Parce que l’identité (comme la réalité) est un collage, une construction complexe, souvent remplie de contradictions qui s’élaborent grâce à des processus d’identification et de rejet, nous postulons que la représentation théâtrale doit suivre ce chemin.
De plus vivre en « homosexuel » dans une société hétéronormative est une expérience sociologique fondatrice. Elle interroge jusqu’à la construction même du sujet. Aussi nous postulons que procéder au croisement de cette connaissance intime du réel et des enjeux de la représentation théâtrale sera un terrain particulièrement propice à une nouvelle expérience du monde. Race d’ep se pense donc comme une machine à jouer de nos désirs, nos attentes, nos croyances ou nos perceptions. Dès son titre le jeu est amorcé : « Et si nous accollions deux titres d’ouvrages sociologiques qui ont pour objet d’étude « l’identité homosexuelle » tout en n’intégrant aucun extrait de ceux-ci dans le spectacle lui-même : cela pourrait- il produire du sens ? »
Puis le jeu continuerait : « Et si nous rapprochions deux œuvres littéraires opposées dans leur style et leur époque,et que nous les posions au centre d’une chambre d’écho afin d’y déceler les impondérables de « la question gay » ? Avec un procédé proche du kaléidoscope, diffractant nos matériaux dans un ballet de fragments d’images, de sons, et de lumières, nous ouvrons la perception, jouant avec les attentes. Nous travaillons à offrir la possibilité à tous et toutes de percevoir sensiblement l’inconfort social et politique inhérent à la « condition homosexuelle », postulant que le filtre de lecture proposé par celle-ci permette d’apercevoir, conscientiser et peut-être rectifier une partie des dominations et injustices sociales qui nous entourent. En proposant une fiction gay traditionnelle (où le désespoir l’emporte sur l’espoir) dans laquelle le personnage finit par mettre fin à ses jours, nous prenons acte et rendons hommage à l’histoire littéraire homosexuelle.
Mais en lui offrant un contrepoint actif grâce à la prose acerbe et insolente de Guillaume Dustan, nous tentons de conjurer le sort : nous nous offrons des lignes de fuite pour ne pas rester enfermés dans la tragédie. Manière d’actualiser, de ramener tout ça vers ici et maintenant, sans pour autant s’aveugler de niaiseries. C’est pourquoi ce n’est pas Dustan seul, ce n’est pas Crevel seul mais bien Race d’ep, que nous écrivons : un procédé actif de réconciliation, de réflexion sur notre présent, nourri des connaissances et des œuvres du passé. Nous explorons la « race » rêvée par Hocquenghem : un autre versant de l’Histoire de l’Humanité.
Simon-Élie Galibert
Décembre 2025



presse
RACE D’EP -RÉFLEXIONS SUR LA QUESTION GAY, Les collages féconds DE SIMON-ELIE GALIBERT
Vincent Bouquet, Sceneweb
4 février 2026
« Ce décalage,Simon-Élie Galibert, dans l’adaptation resserrée qu’il propose du roman originel, ne cesse de le mettre en jeu à travers une direction d’actrices et d’acteurs – qu’Aymen Bouchou, Roman Kané, Angie Mercier et Claire Toubin suivent sans mal – à mi-chemin entre l’incarnation et le relâchement, à même de faire de ces personnages ce qu’ils sont avant tout : des figures qui valent bien davantage pour ce qu’elles représentent, et pour ce que la société a fait d’elles, que pour ce qu’elles sont réellement. Histoire d’enfoncer le clou, et c’est là son coup de génie, le metteur en scène convoque, ou plutôt invoque, en parallèle l’un des éléments parmi les plus perturbateurs de la littérature gay.
Venu de l’autre bout du siècle, avec en bandoulière sa volonté, comme Crevel, de mettre un coup de pied dans la fourmilière sociale et littéraire, Guillaume Dustan s’invite à intervalles réguliers dans la danse. Enfermé dans une cabane, armé d’une caméra, (…) jusqu’à subvertir le cadre romanesque dans lequel il est entré par effraction.
Car, peu à peu, au fil de ses interventions qui ponctuent le récit(…) le plateau se transforme en chambre d’écho, où Crevel et Dustan entrent toujours plus en résonance par l’entremise de Simon-Élie Galibert.
(…) Unis par le pouvoir de la poésie et de l’autofiction auxquelles il croyait l’un comme l’autre, dans leur capacité à faire turbuler le genre fictionnel autant que le réel dont elles se nourrissent, René Crevel et Guillaume Dustan se trouvent alors non pas simplement accolés, mais, pour le meilleur, mis en miroir, et, pour les esprits les plus chagrins qui en avaient besoin, littérairement réhabilités. De cela, Simon-Élie Galibert et sa dramaturge Rachel De Dardel, dont il nous tarde de suivre le travail à l’avenir, peuvent être remerciés. »
_ mentions de production
production
venir faire
co-production
Comédie de Béthune – CDN Hauts-de-France
ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie
Comédie de Caen – CDN Normandie
ce projet bénéficie de l’aide à la production de
La Fondation Porosus
avec le soutien artistique du
Jeune Théâtre National
ce projet a bénéficié d’un compagnonnage DRAC – Occitanie avec La Grande Mêlée (Bruno Geslin).
ce projet a reçu l’aide à la création de la DRAC – Hauts-de-France et de la Région Hauts-de-France.
soutiens
T2G – CDN – Gennevilliers
Le CentQuatre – Paris
Studio Théâtre de Vitry
Comédie de Caen – CDN Normandie
accueil en résidence
T2G CDN Gennevilliers
Le Cent Quatre – Paris
Studio Théâtre de Vitry
Comédie de Béthune
Comédie de Caen
La Manufacture Maraval (Tarn)
remerciements
Bruno Geslin, Dounia Jurisic,
Antonnella Jacob, Joanna Cochet,
Marie-Christine et Louis Steiner
Stéphane Dardé
création le 3 février 2026
à la Comédie de Béthune
« Chaque fois que je me trouve dans une réunion consacrée à la littérature gay, il se passe la même chose : un jeune homme prend la parole et dit qu’il en a assez de toutes ces histoires de pédés qui finissent mal et demande si on ne pourrait pas raconter des histoires qui se passent bien. Parfois je réponds, parfois non. Je réponds que la littérature gay retranscrit l’expérience de ses auteurs, et que cette expérience est celle du rejet. D’un rejet tellement violent, meurtrier, que pour l’instant on a pas eu tellement le temps de parler d’autre chose que de la mort physique et psychique reçue. Mais que ça vient. »
Guillaume Dustan, Nicolas Pages (1999)
